Question: pourquoi jouer encore «  Le Malade Imaginaire » de Molière en 2025? N’est-il pas temps de balayer la si célèbre colère de Molière, …qui lui valut tout de même de mourir sur scène, en crachant ses poumons?

Cette pièce phare, qui met pourtant en lumière des critiques sociales et humaines, vraiment intemporelles, conserve-t-elle encore aujourd’hui toute sa pertinence par rapport aux fantastiques performances de notre médecine? Les médecins d’Argan existent-ils toujours?

Ne sommes-nous pas heureux et fiers des gigantesques progrès scientifiques dans le domaine de la santé qui n’ont eu de cesse d’éradiquer le fléau de terribles maladies, de prolonger de vastes années l’échéance de notre vie, de permettre un confort salutaire devant la douleur et les handicaps de toute espèce, et de chercher même , grâce à l’intelligence artificielle, des chemins vers l’immortalité?

Il nous reste néanmoins de belles interrogations. Entre autres, la question de la confiance envers les certains professionnels de la santé. Aussi, la place de l’humain dans ses rapports à la maladie et à la mort restent des questions cruciales. Sans compter nos interrogations sur l’éthique médicale. Il va sans dire que, mues par la peur ou l’obsession de la santé, de nouvelles tendances hypocondriaques ne cessent de se développer grâce à internet et de nous brouillent parfois l’esprit. Nous assistons aussi, impuissants à l’enrichissement effréné des laboratoires pharmaceutiques, et notre crédulité face aux charlatanismes de tout poil n’a finalement pas d’âge. L’ironie mordante de Molière sur les médecins de son temps n’a donc pas vécu. Il critique allègrement l’aveuglement, les abus de pouvoir et le manque de bon sens: des travers humains intemporels.

Ce printemps, une troupe de comédiens ultra rodée, vous accueille à la Comédie Claude Voltaire pour rendre hommage à ce dramaturge d’exception. C’est l’occasion de savourer la chatoyante langue française du 17e siècle , de cultiver nos racines culturelles,de nous faire réfléchir et nous distraire. Quoi de plus agréable que de se replonger dans cette sublime période classique, éclairée à la bougie, scandée par la musique de Lully si chère au Roi-Soleil, dans une magnificence de costumes, de mobilier et de verbe?

Si, lire la pièce est sans doute passé de mode dans les programmes scolaires, y convier les élèves ne peut que faire grand bien! Ils feront le plein de satire du pouvoir et des conventions sociales… et apprendront à faire fi du ridicule.Surtout que cette comédie délirante nous donne rendez-vous avec le rire!

Une arme puissante pour interroger la société.

Notre outil primordial de libération et le plus bel accès à la joie.

Un plaisir partagé par de fougueux comédiens qui mettent au pilori, de façon incisive et narquoise, tous les faux scientifiques, les coureurs et coureuses d’héritage et leurs notaires et avocats véreux, les hypocrites, les égoïstes, les verbeux, les prétentieux… tout ce délire des excès du monde si bien croqués plus tard dans « Les Caractères » de sieur de La Bruyère. …Les premiers pas vers l’émancipation sociale.

Merci à la changeante et éblouissante Toinette! Figure féminine forte et insolente qui défie sans relâche l’autorité et manipule Argan pour son bien et celui de ses filles. « Mettez la main à la conscience, est-ce-que vous êtes malade? » Lui, une inoubliable et formidable figuration de tous nos inconforts, Merci Argan.

Félicitations à Karin Clercq pour son intrépide assurance dans son interprétation du double jeu vénal et vénéneux de Béline, un élixir de mauvaise foi!

Merci bien sûr à la clique de fieffés médecins (de père en fils), apothicaires et gens de la finance et de la roublardise, prêts à rendre juste ce qui n’est pas permis. Tous, ils sont prolifiques en grimaces, verbiage ampoulé et galimatias, mariné de latin de cuisine.

Merci à la délicieuse Louison, tellement habile dès le plus jeune âge à entortiller des mâles qui croient aux vertus du fouet! Bravo ma fille, comédienne en herbe!

Merci Alexandre von Sievers, pour sa splendide diction dans la sincérité de son rôle de sauveur et pour sa noblesse de cœur!

Et si, l’amour était le vrai nectar de la vie? Merci Angélique et Cléante, tellement intenses dans leurs émois amoureux et leur détachement des choses matérielles et surtout, des mariages forcés…

Dominique-Hélène Lemaire , Deashelle pour le réseau Arts et lettres 

[CRITIQUE] ⭐️⭐️⭐️

Jusqu’au 19 avril 2025 à la Comédie Royale Claude Volter, infos & rés : 02 762.09.63