La folle journée ou Le Mariage de Figaro (1778), Comédie en cinq actes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais
Au début… était Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais. Même si le grand Wolfgang s’empara avec génie de ce Figaro pour en faire des noces … immortelles.
La pièce, brûlante dénonciation des privilèges archaïques, longtemps censurée, connut ensuite un succès éclatant. Wolfgang en fit un opéra peut-être encore plus joué que l’œuvre du Sieur de Beaumarchais.
Une comédie « maître et valet » joyeuse, aux idées révolutionnaires, traversée de questions philosophiques et sociétales. Rien n’a vieilli. Inégalités, justice vénale, place des femmes… tout résonne avec une étonnante familiarité.

En 2026, la dramaturgie éblouissante de l’Infini Théâtre reprend le flambeau et secoue les esprits.
Marceline, puissante, Figaro, incandescent : tous deux haranguent la foule, défendant droits et justice. Ces rappels vigoureux des principes du Siècle des Lumières ont l’avantage bienfaisant de sonner l’alerte dans notre univers global devenu si glauque !
Le tout est porté par une langue fine, riche et vibrante qui retrouve ses lettres de noblesse. Comme ça fait plaisir !
La mise en scène de Dominique Serron, intelligente et originale, respecte profondément l’œuvre tout en lui insufflant une énergie vertigineuse. Le rythme est aussi vif qu’une traînée de poudre. Elle a décidé d’en faire une vraie folle journée ! Tandis que le texte, lui, respire. Même parfois avec l’accent du terroir d’un jardinier ! Savourez …Vincent Huertas, alternativement, docteur !
La longue complicité de Dominique Serron avec l’Infini Théâtre transparaît dans une direction d’acteurs millimétrée, parsemée d’effets de surprise jetés sur le plateau comme autant de perles.
Félix Vannoorenberghe incarne un Figaro moderne d’une sincérité et d’une profondeur exceptionnelles, explorant toute une palette d’émotions sans jamais perdre de vue l’essence politique du personnage. Il y a de la fraîcheur et une vitalité remarquable dans les répliques, il mêle brillance classique et réalisme contemporain. Quel pari !
Et puis il y a ce pauvre clown malgré lui, absolument risible et pathétique : le comte Almaviva et ses velléités de droit de cuissage.
Laurent Capelluto compose un Almaviva inédit. À la fois comique, et bien plus fourbe, stupide et dangereux, que le noble et arrogant personnage cynique de Beaumarchais… Derrière le ridicule, affleure une grande maîtrise. Le haut pédigré de Capelluto au théâtre et au cinéma transparaît à chaque posture, à chaque réplique, à chacune de ses apparitions. Il entre avec subtilité dans cette interprétation inattendue, originale et osée …du Ridicule fait homme. Jusqu’à y distiller par moments, des manières de Louis de Funès ! Franchement, de quoi se tordre de rire.
Mais choisissez votre camp : le tendre page Chérubin pourrait bien l’emporter.
Corentin Lini en fait un être à vif, libertin et naïf, amoureux de tout, perdu dans ses élans, un pur concentré d’humanité. Chérubin est malmené par le monde, c’est un paquet d’affects, un produit naturel, amoureux de tout, indécis, drôle et tellement attachant !
La Comtesse de Laure Voglaire n’a plus rien de guindé et d’aristocratique. La voilà passée au naturel. Elle campe un personnage primesautier, charismatique et énergique. Certes, plus Rosine que comtesse, elle va, cheveux au vent, le pied léger, avec des airs de Perrette éclairée, qui aurait été touchée par les Lumières.
À ses côtés, la Suzanne d’Elfée Durşen est effrontée et volcanique, bouillante de féminité, d’énergie et de caprice. Présence saisissante, elle caracole dans tous les sens comme une chevrette en folie. Bien évidemment, leur complicité féminine ne manque pas d’électriser la scène.Un très beau duo!
Mais impossible d’oublier la Marceline au verbe haut de Pascale Vyvère: matrone offensée, dynamique et combative, qu’elle incarne avec puissance et brio. Un véritable monument de bonheur colérique.
Puis vient, habillée en longue robe moyenâgeuse, cette merveilleuse voix lyrique et cristalline de la jeune cousine. Fanchette, la jeune fille éternelle, hors du temps, belle comme un rêve. Elle ose chanter Mozart et entraîne la troupe dans un long moment suspendu de beauté chorale. Moment de ravissement. Avec Romane Lambert.
Toutes portent avec bonheur cette diction classique héritée de la Comédie-Française.
God-dam ! (Scène 5 acte III, c’est dans le texte !) Ici, la musique est partout, vivante, malicieuse, surprenante. Les transitions sont portées par un enchaînement fluide de moments chantés : duo piano-voix entre Suzanne et la Comtesse, échange tendre entre Chérubin et Fanchette, ou encore cette irrésistible réorchestration de « Those Were The Days » pour deux accordéons joués en direct par Elfée Durşen et Pascale Vyvère au début de l’acte II. Choix de mise en scène qui renforce le lien entre la scène et la salle : la guitare de Luc Van Grunderbeeck surgit d’une loge. Le chœur des noces, entonné par toute la troupe, enchante. C’est que Thierry Cammaert a composé une véritable mosaïque sonore où piano, guitare, accordéons et maracas jouent à cache-cache dans des allures trépidantes. Il ne craint pas les digressions temporelles. Et voilà l’anachronique « Danse hongroise » qui se glisse parmi les comédiens et fait rire la salle entière. Est-ce l’ivresse musicale qui s’empare ainsi des comédiens en délire ? Cela donne en tout cas du sacré peps à l’ensemble. Et l’Enfant du siècle de siffloter…. Mozart.
Les costumes de Chandra Vellut sont débridés. Seulement de rares souvenirs de la haute époque de Marie-Antoinette, à part les indispensables rubans et épingles. Des costumes féminins, plutôt libres et fluides. De belles textures souples, des modèles que l’on verrait bien au Carnaval de Venise, favorisant une grande liberté de mouvement. Tout cela grouille de vie et d’énergie et de bouquets de fleurs. Le tout s’intégrant à merveille à l’esthétique de la mise en scène. Aux lumières : le magnifique Xavier Lauwers.
Visuellement, la mise en scène est à la fois sobre, pratique et pittoresque. Au lever du rideau, tout le monde s’affaire pour la mise en place : un petit podium, deux portes, un piano, quelques chaises et en avant, la rotation des accessoires ! Et ce canapé bergère qui semble voler d’un bout à l’autre du plateau ! Deux grandes bandes de voilage habillent la scène pour lui donner de la hauteur. Simple et beau. Léger et grave, comme le propos. Cette scénographie aérée, inventive et stylée est signée Claire Farah. Les changements de scène se fondent dans des tourbillons de remodelage instantané.
Mais c’est surtout le second décor, celui du fabuleux jardin de vérité, avec son marronnier à la brune qui séduit et nous promène sur les chemins du rêve et de l’intemporalité. Vous avez déjà vu des bosquets en rideaux de perles or et argent ?
C’était une folle soirée, tout à fait jubilatoire où l’on rit à souhait !
À voir au Théâtre du Parc jusqu’au 18 avril. Lieu de culture.
Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres
19.03 > 18.04.2026
LE MARIAGE DE FIGARO
de BEAUMARCHAIS
Cette sublime comédie écrite en 1778 fit scandale à l’époque car elle dénonçait, bien avant le mouvement #MeToo, les abus de pouvoir dont les femmes sont victimes. Dominique Serron, accompagnée d’une partie de la troupe de l’Infini Théâtre, vous invite à découvrir un spectacle joyeux qui, agrémenté de clins d’œil à la musique de Mozart, vous fera voyager.

Romane Lambert, Félix Vannoorenberghe, Elfée Durşen, Laure Voglaire, Laurent Capelluto, Pascale Vyvère, Vincent Huertas, Luc Van Grunderbeeck
Mise en scène et adaptation du texte original Dominique Serron
Assistanat Estelle Renaud
Scénographie Claire Farah
Assistanat scénographie Chloé Schapira
Costumes Chandra Vellut
Lumières Xavier Lauwers
Conseiller musical Thierry Cammaert
Maquillages Wendy Willems Réserver ma place
Représentations
20:15 DU MARDI AU SAMEDI
15:00 LES DIMANCHES
15:00 LE SAMEDI 18.4.2026
RELÂCHE LES LUNDIS
à partir de 12 ans
Durée du spectacle 2h45 (avec entracte)
crédit photos : Aude Vanlathem