RENCONTRE : DOMINIQUE-HÉLÈNE LEMAIRE, ALIAS DEASHELLE – septembre 2026
Depuis plusieurs années, vous retrouvez sa signature dans Bruxelles Culture. Il suffit de quelques minutes en sa compagnie pour comprendre que Dominique-Hélène Lemaire n’a jamais vraiment pris sa retraite. Son métier d’enseignante ne s’est pas arrêté en 2008 et s’est métamorphosé. Aujourd’hui, les salles de théâtre, les lieux de concert, les festivals, les musées et les livres sont devenus son urgence et ses élèves ont laissé place à des centaines de lecteurs. Son objectif? Faire s’épanouir notre humanité.
Sous le pseudonyme de Deashelle, elle signe également depuis près de vingt ans des chroniques culturelles sur le réseau culturel Arts et Lettres. Son regard enthousiaste, son goût de la transmission et son amour des mots en ont fait l’une des voix les plus fidèles de cette communauté d’artistes francophones, ce qui lui a valu le Grand Prix Arts et Lettres, délivré en 2025 pour sa contribution. Sa devise tient en trois mots : « Heureux qui communique ! » Trois mots qui résument toute une vie
Nos questions: Qui êtes-vous?
Je suis restée une enseignante qui n’a de cesse de transmettre. Nous sommes tous des passeurs…
Et j’ai simplement agrandi mon auditoire. Sur mon profil Facebook, on peut lire « Lifelong teaching and learning ». Cette phrase me ressemble. Je n’ai jamais imaginé qu’un professeur puisse cesser d’apprendre le jour où il commence à enseigner. Que ferait-on sans la curiosité intellectuelle ? C’est un feu qui nourrit. Ou une source de jouvence, comme il vous plaira ! Pendant toute ma carrière, j’ai surtout enseigné l’anglais dans l’enseignement secondaire. Ce qui me passionnait n’était pas tant cette langue que j’adore, mais la découverte d’une autre manière de vivre et de penser. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai tant aimé mes études gréco-latines. Ah ! Antigone et le théâtre grec ! Sophocle, aussi passionnant que Molière ! Donc, mon véritable coup de foudre remonte à mes seize ans, lors d’un séjour à Guernesey. Cette petite île anglo-normande, dite magique, a bouleversé la jeune apprentie d’anglais que j’étais. J’y ai découvert une culture qui m’a immédiatement fascinée par son ouverture et sa différence. Apprendre une langue, ce n’est jamais juste apprendre des mots. C’est accepter d’habiter un autre univers. Et chacun apprend les mots qu’il choisit ! Vous avez votre carnet de vocabulaire ?
Vous étiez plutôt linguiste ou littéraire ?
Les deux… mais pas dans l’ordre attendu ! J’ai étudié la philologie germanique à l’ULB. J’avais choisi cette formation parce que j’adorais l’étymologie et l’histoire des langues. Mais si j’avais été meilleure en mathématiques, je serais devenue médecin ! Comme mon père et ma fille aînée. Pour le soin à l’autre!
Aussi, choisir la section littérature me semblait une option un peu trop subjective. Et j’avais peur des censeurs!
Mais, une fois diplômée, j’ai pris le chemin exactement inverse. Plaisir secret de l’esprit de contradiction… J’ai voulu alors transmettre Shakespeare, Jane Austen, les sœurs Brontë, Oscar Wilde, William Golding ... non pour fabriquer des spécialistes de littérature anglaise, mais pour éveiller des curiosités. Ou prévenir des dérives : Huxley et Orwell. Je voulais que mes élèves découvrent que chaque grande œuvre ouvre une fenêtre sur le monde et sur soi-même, comme le faisait mon collègue de français, Jean Schwartz.
Ça veut dire que vous aviez un type d’enseignement assez peu conventionnel, non ?
C’est totalement vrai. J’étais perpétuellement dans l’invention une fois devant une classe. Et nous n’utilisions pas de manuels. Juste le Dico et la grammaire ! En revanche, nous parlions et nous écrivions énormément. Je demandais des five-paragraph essays, des reading charts, des travaux personnels, des cahiers de lecture, des final works … et je passais mes vacances de Pâques à corriger des montagnes de copies…. après le ski ! C’est sûr qu’on n’apprend une langue qu’en l’utilisant. Et vive l’immersion et nos voyages en Angleterre ! Et puis, il y avait la musique. En cinquième, chaque élève préparait des chansons en anglais que nous chantions ensemble en fin de cours. Imagine. The Rose. Lemon Tree. Et tant d’autres !
Et lorsque résonnait Amazing Grace, il arrivait que toute la classe ait les larmes aux yeux. Certains s’en souviennent encore.
Alors, la retraite a-t-elle été difficile ?
Oui et non ! Ce qui m’a manqué, ce ne sont sûrement pas les horaires, dont j’ai une certaine détestation. Pour preuve … les fréquentes prolongations de mes cours en fin de journée ! Mais ce qui me rend parfois nostalgique et me manque … ce sont les élèves, les voyages scolaires, les sorties, les débats, les discussions. In a Nutshell… La ruche créative. J’ai aussi vu apparaître une époque où le copier-coller commençait à remplacer l’effort personnel et j’ai tout de suite senti que ma manière d’enseigner buttait sur un mur. Et que ma passion ne passionnerait plus. Alors, stop ! J’avais juré cela en commençant ! J’ai donc pensé à l’histoire de cette fameuse petite poule rousse ! Pendant des années, j’avais demandé à mes élèves de rédiger des recensions, d’argumenter, de défendre un livre, un film ou une pièce. « Puisque tu demandes cela aux autres depuis si longtemps, pourquoi ne le ferais-tu pas toi-même ? » C’est ainsi que je me suis mise à écrire. En français. Comme un retour au bercail.
Et d’où vient alors Deashelle, ce nom si singulier ?
D’un emploi du temps … et d’une oreille ! Pendant toute ma carrière, les horaires du collège me désignaient par trois lettres : DHL, pour Dominique-Hélène Lemaire ! Et comme je suis une fervente de phonétique, j’entendais ces initiales en un bloc musical. Et cette prononciation est devenue ce vocable Deashelle. What’s in a name! Ce mot me fait d’ailleurs rêver : « Dea » évoque pour moi une déesse, Athéna, ma favorite, et « shell » rappelle les coquillages que je ramassais sur les plages de mon enfance normande.
Quand ce nom est prononcé, j’entends chaque fois le ruissellement des vagues. C’est que la phonétique a toujours été mon premier rivage. Celui où la musique des mots précède leur sens. Et surtout, ne le prononcez jamais à l’anglaise !
Et depuis combien de temps rédigez-vous des critiques ? Vous rappelez-vous votre premier rédactionnel ?
En réalité, tout a commencé bien avant mes premières critiques. J’avais … huit ans et je racontais déjà mes visites des pavillons de l’Expo 58 dans un cahier ligné à la couverture noir brillant. Sans le savoir, je faisais déjà de la chronique culturelle ! Mes véritables critiques, je les rédige depuis près de vingt ans. Mon premier article fut publié sur la plateforme Demander le Programme, où nous étions plusieurs rédacteurs passionnés. Aussi pour le site Plaisir d’offrir et Bruxelles News. Hélas, ces sympathiques plateformes ont disparu. Je me souviens surtout de la joie de prendre enfin moi-même la plume. Après avoir passé des années à demander à mes élèves d’écrire, d’argumenter, de défendre une œuvre et de construire une pensée personnelle, je devenais, à mon tour, celle qui osait signer un texte. Depuis lors, chaque spectacle est une rencontre, chaque livre une conversation, chaque concert une invitation au voyage. Je n’écris pas pour distribuer des palmes ou des jugements à l’emporte-pièce pour éblouir la galerie.
J’écris d’abord pour remercier les artistes qui donnent tout d’eux-mêmes, alors que leur survie devient de plus en plus fragile dans ce XXIe siècle si cabossé. J’écris aussi pour donner envie aux spectateurs de quitter leurs écrans, de pousser la porte d’une salle, de retrouver la chaleur du spectacle vivant et d’exercer leur esprit critique. J’écris par amour de ma langue maternelle. En un mot, je défends la Culture, parce qu’elle est, à mes yeux, une raison d’être. La culture nous apprend à la regarder plus intensément. Écrire, c’est partager une émotion avant qu’elle ne s’éteigne. Aussi, depuis près de mille chroniques, j’essaie d’empêcher l’oubli. De garder la trace d’un spectacle qui, sans cela, se dissoudrait dans la mémoire du public. Je me fais jardinière de la mémoire culturelle.
Pouvez-vous présenter le réseau Arts et Lettres où vous publiez régulièrement ?
Arts et Lettres est un vaste réseau social culturel belge, entièrement gratuit, qui rassemble des milliers de membres : artistes plasticiens, écrivains, poètes, philosophes, éditeurs et amoureux de la culture. Je l’ai découvert presque par hasard en 2010, au moment où je cherchais un lieu où partager mes premiers textes. Très vite, son fondateur, Robert Paul, une figure culturelle bruxelloise très respectée, érudite et humaniste, m’a proposé, en me lisant, de devenir la journaliste culturelle de Son réseau, ce que je fais toujours avec grand enthousiasme tant ma reconnaissance est grande. Robert Paul était connu pour son dévouement à la promotion de la culture. Il avait animé de nombreuses rencontres littéraires à Bruxelles et a soutenu, de manière bénévole, des centaines d’artistes et d’écrivains émergents ou confirmés à travers ses écrits et ses publications. Je m’approche donc aujourd’hui de mon 977e billet. Ce que j’aime dans cette communauté, c’est son esprit de transmission. On n’y cultive pas la compétition mais le dialogue et la transversalité. Les artistes y présentent leurs créations, les auteurs leurs textes, les lecteurs leurs réactions. Chacun apporte sa pierre à un édifice commun. À l’école, je bénéficiais d’une immense liberté pédagogique. Avec Robert Paul, qui consacrait ses jours et souvent ses nuits à faire vivre et à modérer le réseau, j’ai découvert une liberté littéraire tout aussi précieuse, et un soutien inconditionnel.
Ainsi, Arts et Lettres est devenu pour moi un véritable havre de bienveillance, de créativité, d’échanges et de paix. discussions. To put it in a Nutshell… La ruche créative. J’ai aussi vu émerger une époque où le copier-coller commençait à remplacer l’effort personnel, et j’ai tout de suite senti que ma manière d’enseigner buttait sur un mur. Et que ma passion ne passionnerait plus. Alors, stop ! J’avais juré cela en commençant! J’ai donc pensé à l’histoire de cette fameuse petite poule rousse ! Pendant des années, j’avais demandé à mes élèves de rédiger des recensions, d’argumenter, de défendre un livre, un film, une pièce. « Puisque tu demandes cela aux autres depuis si longtemps, pourquoi ne le ferais-tu pas toi-même ? » C’est ainsi que je me suis mise à écrire. En français. Comme un retour au bercail.
Et d’où vient alors Deashelle, ce nom si singulier ?
D’un emploi du temps … et d’une oreille ! Pendant toute ma carrière, les horaires du collège me désignaient par trois lettres : DHL, pour Dominique-Hélène Lemaire ! Et comme je suis une fervente de phonétique, j’entendais ces initiales en un bloc musical. Et cette prononciation est devenue ce vocable Deashelle. What’s in a name! Ce mot me fait d’ailleurs rêver : « Dea » m’évoque ma déesse préférée, Athéna, et « shell » évoque tous les coquillages que je ramassais sur les plages de mon enfance normande. Quand il est prononcé, j’entends chaque fois le ruissellement des vagues. C’est que la phonétique a toujours été mon premier rivage. Celui où la musique des mots précède leur sens. Et surtout, n’allez jamais le prononcer à l’anglaise !
Depuis combien de temps rédigez-vous des critiques ? Vous rappelez-vous votre premier rédactionnel ?
En réalité, tout a commencé bien avant mes premières critiques. J’avais … huit ans et je racontais déjà mes visites des pavillons de l’Expo 58 dans un cahier ligné à la couverture noire brillante. Sans le savoir, je faisais déjà de la chronique culturelle ! Mes véritables critiques, je les rédige depuis près de vingt ans. Aussi, par amour de ma langue maternelle. Mon premier article fut publié sur la plateforme Demander le Programme, où nous étions plusieurs rédacteurs passionnés. Aussi, en son temps, rédactrice pour Plaisir d’offrir et Bruxelles news. Je me souviens surtout de la joie de prendre enfin moi-même la plume. Après avoir passé des années à demander à mes élèves d’écrire, d’argumenter, de défendre une œuvre et de construire une pensée personnelle, je devenais, à mon tour, celle qui osait signer un texte. Depuis lors, chaque spectacle est une rencontre, chaque livre une conversation, chaque concert une invitation au voyage. Je n’écris pas pour distribuer des palmes ou pour porter des jugements à l’emporte-pièce afin d’éblouir la galerie.
J’écris d’abord pour remercier les artistes qui donnent tout d’eux-mêmes, alors que leur survie devient de plus en plus fragile dans ce XXIe siècle si cabossé. J’écris aussi pour donner envie aux spectateurs de quitter leurs écrans, de pousser la porte d’une salle, de retrouver la chaleur du spectacle vivant et d’exercer leur esprit critique. En un mot, je défends la Culture, parce qu’elle est, à mes yeux, une raison d’être. La culture nous apprend à la regarder plus intensément. Écrire, c’est partager une émotion avant qu’elle ne s’éteigne. Aussi, depuis près de mille chroniques, j’essaie d’empêcher l’oubli. De garder la trace d’un spectacle qui, sans cela, se dissoudrait dans la mémoire du public. Je me fais jardinière de la mémoire culturelle.
Pouvez-vous présenter le réseau Arts et Lettres où vous publiez régulièrement ?
Arts et Lettres est un vaste réseau social culturel belge, entièrement gratuit, qui rassemble des milliers de membres : artistes plasticiens, écrivains, poètes, philosophes, éditeurs et amoureux de la culture. Je l’ai découvert presque par hasard en 2010, au moment où je cherchais un lieu où partager mes premiers textes. Très vite, son fondateur, Robert Paul, une figure culturelle bruxelloise très respectée, érudite et humaniste, m’a proposé, en me lisant, de devenir la journaliste culturelle de « Son » réseau, ce que je fais toujours avec grand enthousiasme tant ma reconnaissance est grande. Robert Paul était connu pour son dévouement à la promotion de la culture. Il avait animé de nombreuses rencontres littéraires à Bruxelles et avait soutenu, de manière bénévole, des centaines d’artistes et d’écrivains émergents ou confirmés à travers ses écrits et ses publications. Je m’approche donc aujourd’hui de mon 977e billet. Ce que j’aime dans cette communauté, c’est son esprit de transmission. On n’y cultive pas la compétition mais le dialogue et la transversalité. Les artistes y présentent leurs créations, les auteurs leurs textes, les lecteurs leurs réactions. Chacun apporte sa pierre à un édifice commun. À l’école, je bénéficiais d’une immense liberté pédagogique. Avec Robert Paul, qui consacrait ses jours et souvent ses nuits à faire vivre et à modérer le réseau, j’ai découvert une liberté littéraire tout aussi précieuse, et un soutien inconditionnel.
Ainsi, Arts et Lettres est devenu pour moi un véritable havre de bienveillance, de créativité, d’échanges et de paix. Après le décès de son regretté fondateur survenu il y a quelques années, le réseau a été repris par Jerry Delfosse, un autre grand défenseur des arts et directeur de l’Espace Art Gallery.
Je lui reste donc profondément reconnaissante d’avoir décidé en 2022 de maintenir cette plateforme vivante. Grâce à son investissement, cette aventure humaine et culturelle continue de relier des centaines de passionnés dans la diaspora francophone. C’est peut-être cela, au fond, la plus belle définition de la culture : créer des liens qui résistent au temps.
Comment retrouver vos critiques, autres que celles publiées dans Bruxelles Culture ?
En me suivant sur ma page Facebook ou en découvrant mes billets sur le réseau Arts et Lettres. Pour y accéder, si vous ne trouvez pas, vous pouvez taper mon prénom et mon nom …ou bien, mon alias magique Deashelle sur Google. Et vous serez servis en un click!
Je vous remercie de nous avoir ainsi conté, avec tant d’enthousiasme, votre engagement inné de fervente passeuse de culture pour … BRUXELLES CULTURE!