Cupcakes ou macarons?
Les premières lignes…
«J’ai oublié le wasabi.» C’est ça que je leur ai dit : «J’ai oublié le wasabi, je cours chez le Japonais du coin de la rue et je reviens.» Ma mère a froncé les sourcils, «Tu es d’une distraction, Élisabeth, franchement.» «Je sais, je ne serai jamais bonne à marier, M’man. Bon, si vous mourez de faim, vous n’avez qu’à ouvrir le frigo, les zakouskis vous attendent sur la deuxième planche, pour les curieux, le gâteau est dans le bac à légumes.» Jean-Paul a souri. Et j’ai tourné les talons.
Évidemment que je l’avais acheté, le wasabi. Je pouvais vraiment leur faire gober n’importe quoi. le wasabi, c’est ce qui me réveillait mieux que le café le matin et me tirait de l’abrutissement le soir. Seulement, ce jour-là, alors que depuis un mois je m’étais préparée à l’idée de cette soirée, « Ça peut être agréable, une famille », à l’image de ma mère déballant son cadeau d’anniversaire, à ses remarques cinglantes « Encore un livre, c’est original », au regard adipeux de Victor, le beau-père, toujours prêt à promener ses mains sur ma nuque et mes épaules « Détends-toi, Élisabeth, tu es si tendue », au sourire triomphant de ma sœur « Je ne me suis jamais sentie mieux qu’enceinte » et à la mine fatiguée de Jean-Paul , le beau-frère, quand je les ai vus arriver sur le palier, s’embrasser, se réjouir de cette soirée, parler de leurs vacances, du bébé, j’ai su tout à coup qu’il me faudrait prendre l’air, sortir quelques minutes, sous n’importe quel prétexte. Et le wasabi est le premier que j’ai trouvé. »

Même si on n’est pas toujours fan des nouvelles, cette fois on est directement conquis ! Voici douze trajectoires de vie où tout d’un coup se présente une fêlure invisible. C’est comme le vase de Sully Prudhomme:        « Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde :
Il est brisé, n’y touchez pas. »
Plein de respect et d’émotion, on a le sentiment de frôler la vie sensible mise à nu. Peut-être une impression de vécu, cueillie par la magie des mots d’une autre histoire que la vôtre, mais en définitive, la même! C’est « L’occasion de regarder les choses en face et, pourquoi pas, de prendre une trajectoire inexplorée, d’affronter ce qui fait peur, de larguer les amarres. Élisabeth quitte précipitamment une réunion de famille pour aller acheter du wasabi, ‘Ma trottine le long d’une grand-route avec Benny, Jonas est sous l’emprise de son chat, Alice choisit d’enfoncer ses talons aiguilles dans la neige, Samy cherche quelqu’un à qui parler, un jeune professeur de français défend un projet théâtre face à un conseil de classe… Tour à tour, ces personnages prennent la parole, à leur manière, l’occasion de murmurer une vérité qui jamais n’a été dite. » (présentation de l’éditeur)
L’écriture printanière de  Geneviève Damas a la brillance et le moelleux de l’instant saisi. Même si, comme l’affirme Baudelaire, « Dans la composition tout entière d’une nouvelle, il ne doit pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessein prémédité ». Les histoires courtes sont contées avec simplicité, de façon agile et dynamique dans des mises en scènes croquantes, fraîches et acidulées. Il y a ce qu’il faut d’ironie et d’ambiguïté et de surprises. le tout est suivi d’une belle résonance intérieure. le plaisir savoureux? …Chaque fois au rendez-vous: Cupcakes ou macarons?

Lien : http://artsrtlettres.ning.com/group/dismoicequetulis