Retour sur les Quatre saisons de Vivaldi, pardon, de Max Richter ! par l’orchestre de jeunes musiciens, le Brussels Philharmonic Orchestra

Il est libre… Max !

Quel choc ! On s’attendait, ayant parcouru l’affiche un peu trop vite, au théâtre des saisons de Antonio Vivaldi dansé et joyeusement chorégraphié par une troupe de danseurs en herbe… tendre, bien sûr ! Laurent Drousie, directeur artistique à la Chorégraphie, la soliste Rasa Vosyliuré au violon. Le belgo-chilien   David Navarro-Turres, à la baguette, dirigeant Le Brussels Phiharmonic Orchestra.  

Et nous voilà plongés dès le début du concert dans le noir, dans un univers de cordes méditatives, se balançant dans un rythme insistant, lancinant. Une musique étale, minimaliste, profondément sombre. Une lumière glauque qui semble absorber l’espace. Mais un rythme qui éveille tout à coup un vague souvenir ; oui. Cela ressemble même à une musique de film récent… ! Eurêka ! C’est « Hamnet ! » Un film bouleversant, s’il en est. On n’en croit pas les oreilles ! L’intériorité presque crépusculaire prend dès lors tout son sens.

La musique minimaliste, et opiniâtre mord comme une douleur qui ne se tient pas tranquille. Joue-t-elle les accents de notre condition humaine, faite de douleurs et d’éclats de joie ? La voilà qui nous envahit comme une sorte de ressac émotionnel. Elle évoque des matières vitales : la naissance, l’amour, le deuil, l’absence, les fragments de mémoire, la beauté des jours heureux, la beauté de la lumière du jour. On se souvient du désespoir de l’Antigone grecque tellement triste de se voir voler à jamais la lumière du jour. Et le titre de la pièce musicale « On the Nature of the Daylight » prend donc tout son sens. On perçoit son évanescence, sa fuite, sa disparition. Et aussi son perpétuel retour, comme une vivante respiration de la Terre.

C’est aussi ce que nous disent les jeunes danseurs. Une femme, un homme, un couple, un groupe. Ils ne cessent d’apparaître, de se consumer et de disparaître. Ils sont vêtus au plus simple, en maillots noirs et chemises anonymes. Seuls les mouvements comptent, la soif de vivre sur l’intense orchestration de cette musique du chagrin.

Avec « Infra », les corps apparaissent dans une gestuelle fragmentée, en costumes bordeaux d’une neutralité troublante. Rien ne cherche à séduire. L’attente de Vivaldi se fait plus pressante. On l’a compris, on assiste à une suite symphonique de Max Richter dont on découvre petit à petit toute la modernité. Il aura fallu du temps pour changer de cap !

Et lorsque les « Four Seasons Recomposed » de Richter nous tendent enfin une main familière, le cœur bondit à chaque reconnaissance d’une phrase italienne ! Le BPHO se déploie et renoue avec la joie de vivre, quelle que soit la saison.

Et on est alors tout yeux pour la magnifique troupe d’Europa Danse Company qui déploie toute son énergie devant nous, lumières enfin reconquises ! Le ravissement des corps a pris le dessus, et la musique les porte avec brillance.  Ce concert jouait délibérément sur le décalage. Un joli poisson d’avril, reçu en plein cœur le 10 du même mois, en la salle très fréquentée du Novum Théâtre, à deux pas du Collège Saint-Michel. On avait la chance d’y être.  Respectueux remerciements.  

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres