Elle s’appelle Nina Torunski.
Une jeune fille fluette en longue robe couleur champagne, un violon entre les mains… et nous voilà entrés de plain-pied dans la magie de la musique avec l’Introduction et Tarentelle op. 43 de Pablo de Sarasate.
Ses brillants coups d’archet et ses envols vers l’infini sont saisissants, tandis que le tapis des violons murmure.
Ses bras fins disent qu’elle n’a que douze ans. Son jeu, lui, semble déjà connaître tous les secrets du violon. Impossible de la quitter des yeux tant son interprétation est brillante, précise, vivante.
Et tout de suite, les applaudissements de crépiter sous les voûtes de l’église Sainte-Croix du domaine de Mérode.
La salle est prête à accueillir le Concerto pour violoncelle n° 1 en la mineur op. 33 de Camille Saint-Saëns.
Axel de Jenlis fait preuve d’une passion rutilante, voire d’une combativité brûlante dans son interprétation. Il y a cette profondeur du son que l’on espère avec cet instrument, roi des cordes.
Tout s’enchaîne dans une fluidité remarquable.
À la tête de l’Orchestre de la Fondation Arthur Grumiaux, Luc Dewez s’active tel un peintre passionné, enivré de mouvement et de couleurs. Van Gogh à l’œuvre, devant son chevalet ? La baguette en guise de pinceau?
Une escapade de légèreté avec le menuet central, puis à nouveau l’infini de la douleur ou de la félicité. Mais plutôt des émotions qui torturent le violoncelliste, corps et archet. Cœur et âme, il se livre avec sincérité. Et puis l’aboutissement heureux de la coda en la mineur. On respire!
En bis : Le Cygne, dans un arrangement sublime avec la harpiste. Et cette dernière gamme descendante… pure merveille! Quelle soirée palpitante !

Et maintenant, la grâce, la joie, la lumière bienfaisante de Mozart avec le sublime Concerto pour flûte et harpe en ut majeur K. 299. Une harpe séraphique toujours sous les doigts d’Héloïse de Jenlis, en duo avec la flûte divine de Marie Lagaditis. Leur énergie régénère.
Les deux solistes creusent tour à tour des sentiers d’amour, des cascades de beauté, pendant que les notes trottinent parmi les violons. Elles combinent avec justesse intensité et délicatesse. Le rythme devient posé, comme un bonheur qui a trouvé sa source.
Cette musique qui a traversé les siècles s’écouterait presque les yeux fermés, si ce n’est que l’on reste fasciné par la douceur naturelle des musiciennes et leur élégance duelle.
L’Allegro final est fait de rythmes primesautiers. L’énergie devient intarissable. Leur connivence magistrale sera saluée avec éclat. Entre elles coule une véritable et profonde écoute, une compréhension de l’autre, presque instinctive.
Et pour finir, La danse lente — pas si lente — de Joseph Jongen. A thing of beauty is a joy for ever.
Ainsi se termine cette enivrante deuxième soirée estivale du Château de Rixensart.
Après le chevalier rêveur du premier soir, voici qu’une enfant de douze ans nous a ouvert les portes de l’infini. Puis le violoncelle nous a fait traverser les tumultes de Saint-Saëns avant que Mozart ne nous offre sa lumière.
La magie de la musique nous a fait voyager sans bouger, franchir les siècles, rapprocher des êtres sous le charme: on ne peut s’empêcher de communier, dans une gratitude profonde qui s’est installée sans le moindre bruit.
Et maintenant, rendez-vous avec le violon de Lorenzo Gatto, pour la troisième et dernière soirée, le 22 août à 18h30.
Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres