Elle libère une artiste par le théâtre

Perline Lombart dans « Marthe Donas » ressuscite une pionnière avec éclat. Le texte de Fabrice Gardin, une friandise artistique …que l’on sera ravi de se procurer à la fin du spectacle.

Sur la scène du Théâtre de la Valette, Perline Lombart donne à Marthe Donas une énergie résolument contemporaine. Dans cette création, sous la direction de Fabrice Gardin, elle fait revivre cette artiste rebelle et visionnaire du début du 20e siècle, dont le nom a quelque peu disparu des mémoires. Sauf à Ittre, où un musée lui est entièrement consacré.

Première femme peintre belge à s’être consacrée à l’art abstrait, Marthe Donas trouve ici une interprète à la hauteur de son audace.

Et pour Perline Lombart, jeune comédienne de vingt ans, c’est un véritable baptême artistique : c’est sa toute première prestation devant un public. Une entrée en scène particulièrement remarquée.

Arnaud Van Parys et Perline Lombart ©vivien ghiron

Elle impressionne par sa vivacité, sa précision et la fluidité élégante de sa parole, multiplie les points de vue de la narration.  En quelques secondes, elle épouse les états d’âme de Marthe et traverse avec passion les innombrables tribulations de son parcours.

Elle incarne avec force les doutes d’une femme bridée par son époque, mais aussi son besoin viscéral intense de créer. Dès qu’il est question de peinture, son corps s’anime, son regard s’éclaire : la vocation devient palpable. Connivence d’artistes ?

Du haut de ses vingt ans, elle met toute la vivacité du XXIe siècle au service d’une rebelle du passé. Son jeu abolit la distance historique. Les voyages, les errances, les toits de Paris qui la bouleversent et les rencontres artistiques prennent vie dans une interprétation physique, libre et électrique. Fascinante.

Même les épisodes les plus douloureux :  la révolte contre le milieu bourgeois d’Anvers, les 20 ans d’abstinence imposés dans le fief familial d’Ittre, le recours au pseudonyme androgyne Tour Donas, trouvent une résonance immédiate. Ce n’est plus seulement l’histoire d’une peintre d’avant-garde : c’est aussi le combat d’une femme pour devenir elle-même. Une femme en recherche perpétuelle. S’élever au-dessus de la matière, quitter le monde matériel, inventer un autre monde, qui ne part pas de la réalité mais qui recherche le degré le plus élevé de la simplicité et de la pureté…

Francine, la fille de Marthe apporte à son tour une touche d’humour et de tendresse bienvenue. Perline Lombart change alors de registre avec malice, offrant au public une image vraiment intime de l’artiste. Ah, ce lien mère-fille greffé sur la recherche mystique !

Face à elles, Arnaud Van Parys cabriole avec bonheur d’un rôle à l’autre. Romain, la terrible figure paternelle, l’artiste Alexander Archipenko, né à Kiev, particulièrement pittoresque, et Harry le philosophe…le neveu de son ancienne prof de dessin, Mme Coveliers-van Meir, qu’elle épouse et dont elle a une fille à 45 ans ! Les deux comédiens donnent au texte de Fabrice Gardin une urgence, un rythme pétillant et… couleurs et formes, comme dans un vitrail.  

Saluons au passage, leur magnifique synergie. Perline Lombart, Arnaud Van Parys et Fabrice Gardin, une trinité qui ne dit pas son nom…

Tous trois réussissent un moment de théâtre percutant et mémorable, qui ouvre sur un profond sentiment de reconnaissance pour nos racines culturelles, indispensables à notre survie. Car ici, l’énergie et l’émotion ont opéré de merveilleux chassés-croisés dans le cœur de chacun.

Un cadeau.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

http://www.marthedonas.be/

https://museemarthedonas.be/fr/le-musee/le-musee-marthe-donas