Rixensart : le miracle d’un trio de Missa Brevis

Par l’Etesiane Orchestra, sous la direction de Gabriel Hollander, le miracle d’un trio de Missa Brevis en ouverture de saison des Balades Musicales de Rixensart.

Pour l’ouverture de sa 14e saison, les Balades Musicales de Rixensart ont osé un pari audacieux, presque mystique : réunir trois Missa Brevis en un seul soir. Ne dit-on pas d’ailleurs que répéter les prières par trois fois appelle la Grâce ?

Ce concert s’est révélé être une véritable action de paix et de lumière, portée par l’Etesiane Orchestra sous la direction habitée de son chef, Gabriel Hollander, et transcendée par ses interprètes, musiciens et solistes vocaux. À eux seuls, les quatre chanteurs ont réussi la prouesse de déployer la puissance et l’amplitude de tout un chœur de… quarante personnes ? International Choir Brussels, m’entendez-vous ?

La soirée s’est ouverte sous les auspices de la clarté avec la Missa brevis Sancti Joannis de Deo de Joseph Haydn. Dès les premières mesures, l’ensemble des cordes, emmené par des musiciens d’exception tels que Romane Cabaret, Solène Beaudet, Maritsa Ney, Patrick Valls, Cédric Hustinx et Denis Guerdon, a su diffuser une allégresse des plus communicatives.

Est-ce dû à la vélocité du rythme, à la brillance des solistes et des instruments ? L’œuvre elle-même semble déborder de peps et de bonne humeur. On pense à la délicatesse et à la légèreté de voiles de dentelle, blanche bien sûr, entre communion et mariage… évoquant le souvenir de jours heureux.

Mais surtout, le public a été instantanément saisi par une impression d’illumination grâce à la soprano Clara Inglese. Son visage épanoui et lumineux, ses adorables postures de méditation et son timbre d’une pureté surnaturelle ont bouleversé les spectateurs. Dans ses yeux brillaient les sourires de l’âme. Transfigurée par le miracle de sa voix.

Le chef d’orchestre Gabriel Hollander, lui aussi sous le charme, est apparu comme suspendu à cette divine interprétation. C’est d’ailleurs cette même énergie souriante qui a guidé ses mains et ses gestes pour nourrir l’architecture musicale de l’orchestre. L’Hosanna in excelsis a résonné avec une telle force que l’illusion d’une quarantaine de choristes était bien présente.

Enfin, l’Agnus Dei, vêtu de bleu azur, s’est déployé comme un acte d’espoir sublime. « Ask and it will be given. » De quoi y croire vraiment : on n’invoque pas en vain une paix tant désirée.

Et en avant pour la deuxième Missa brevis, signée Wolfgang Amadeus Mozart : la KV 65 en ré mineur. Le contraste dramatique s’installe immédiatement avec un Gloria crépitant d’énergie. Chez Mozart, la tension est plus grandiose et théâtrale : la douleur du trépas de Dieu fait homme traverse la partition, mais sera éteinte et balayée par le rythme effréné du final glorieux du Credo.

Au cœur de cette œuvre, le Sanctus s’égrène avec une force particulière. Le texte latin séculaire joue pleinement de sa présence et de sa solide puissance rassembleuse, unissant artistes et spectateurs dans une même dévotion. Le Benedictus est un cadeau du ciel : dans une pureté de timbre parfaite, l’accord des deux chanteuses, la soprano Clara Inglese et la mezzo-soprano Julie Bailly, a littéralement inondé la salle de bonheur.

Puis vint Fabian Fiorini, un grand inconnu pour la plupart des auditeurs. La découverte de sa messe nous est présentée ici en deuxième création mondiale. Le changement de paradigme est total : nous voici plongés dans un déploiement épique et une urgence à couper le souffle.

Fiorini utilise une structure moderne faite de fondus enchaînés, comme… au cinéma. Urgence épique et cinéma de l’âme vont culminer.

Dès le Christe Eleison, les accents se font intensément dramatiques. Pour le Credo, les archets ouvrent la marche de manière saisissante, tandis que le baryton Leander Carlier, chantant les mains jointes en namaste, livre son texte avec une conviction saisissante. Des mélanges de récitatifs parlés ou psalmodiés surgissent. Les interventions du ténor Maxime Jermann sont magistrales, soutenues par les pizzicati puissants des violoncelles.

Les textures orchestrales sont d’une chaleur incandescente : les cordes vibrent comme un champ de blé sous la canicule, transpercées par un violon solo qui s’élève comme un cri dans l’azur. Une alouette ? Ode to a Skylark?

Voilà le Sanctus qui frissonne de triolets. Le chœur de solistes est maintenant habité par un profond respect, dont témoignent les arpèges de la contrebasse et des deux violoncelles.

L’apothéose survient avec le Benedictus. Fiorini y installe un rythme lancinant sur trois notes, semblable à une sirène d’alarme, qui contraste violemment avec la puissante ferveur du chœur. Les In nomine Domini du Benedictus se multiplient dans une tension extrême, jusqu’à la fin qui marque l’urgence absolue :

Qui venit.

Stop.

C’est venir à Dieu qui EST l’urgence.

Un point d’orgue impressionnant. Le silence est total. Après l’Agnus Dei, des tonnerres d’applaudissements pour les artistes et le compositeur fuseront de toutes parts.

Cette ouverture de saison magistrale résonnera longtemps dans les voûtes accueillantes de l’église Saint-Sixte de Genval.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

lien: https://www.balademusicale-rixensart.be/